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La dépression, deux observateurs, deux théories …

Je vous présente ici deux théories à propos de la dépression. L’une de Moussa NABATI extraite de son livre intitulé « la dépression, une épreuve pour grandir ? » ; l’autre d’Alain EHRENBERG décrite dans son livre « La fatigue d’être soi – Dépression et société ». La théorie de Moussa NABATI part davantage d’un regard du psychanalyste sur l’individu déprimé, celle d’Alain EHRENBERG, sociologue, s’appuie sur une observation de la mutation de notre société.

Dépression vue comme maladie de la culpabilité :

Moussa NABATI, psychanalyste, thérapeute et chercheur, Docteur en Psychologie, présente la dépression comme une épreuve, un mal nécessaire chez une personnalité abîmée, pour renaître et devenir soi-même. Pour lui, « loin de constituer une maladie à éradiquer, la dépression est l’occasion de guérir son enfant intérieur. » Il défend l’hypothèse selon laquelle « l’origine et la signification de la dépression renvoie à l’existence, chez la personne déprimée, d’une culpabilité ancienne et inconsciente. » Pour lui, « elle naît chez l’enfant lorsqu’il subit une privation importante de l’amour et de la sécurité dont il a tant besoin pour assurer sa croissance, en raison de l’indisponibilité ou de la négativité de ses parents. » Il précise que la culpabilité à l’origine de la dépression est une culpabilité qu’il qualifie d’imaginaire. Cette culpabilité est celle d’une victime innocente, dans la mesure où l’enfant, tout en n’ayant rien fait de mal, est convaincu que les souffrances de ses proches ou celles que lui-même supporte lui sont imputables ». Il s’agit, écrit-il, de l’enfant intérieur coupable. Au cours de la psychothérapie analytique ou psychanalyse, le psychanalyste aide le patient à revivre des souvenirs enfouis et les émotions réprimées. Etre au clair avec ses ressentis et pouvoir les ressentir librement est l’opportunité de dépasser la « culpabilité imaginaire ». L’ Hypnose Humaniste suivant  un protocole de cinq séances adapté au soin de l’enfant intérieur, peut être utilisée au sein d’une psychothérapie analytique. Ce protocole est une aide efficace au soin et à la réparation des blessures de l’enfant intérieur. Chez Moussa NABATI, la dépression est un signal d’alarme, un mal-être qui provient de loin. Il décrit ainsi les symptômes de la dépression : Une chute de l’humeur, qui est le symptôme le plus manifeste et le plus fréquent. Un repli sur soi qui se caractérise par un désinvestissement de l’ensemble des activités. Le déprimé n’a plus envie de rien. Tout, pour lui, devient une corvée. La dépression génère une grande souffrance morale, et parfois avec l’impression pénible qu’on ne s’en sortira jamais. L’ensemble de ces symptômes met au jour une déstabilisation des fonctions psychiques et mentales.

La dépression comme « fatigue d’être soi ».

Alain Ehrenberg est un sociologue qui dirige le groupement de recherche « Psychotropes, Politique, Société » du CNRS. Il suggère que cette « maladie » est inhérente à une société en mutation dont l’exigence est d’entreprendre et de devenir soi et seulement soi. Il observe qu’aujourd’hui, au lieu que la personne soit agie par un ordre extérieur (ou une conformité à la loi), il lui faut prendre appui sur ses ressorts internes, recourir à ses compétences mentales, et ceci à l’excès. Pour lui, les notions de projet, de motivation, de communication sont aujourd’hui des normes. Elles sont entrées dans nos moeurs et sont devenues une habitude à laquelle, du haut en bas de la hiérarchie sociale, nous avons appris à nous adapter plus ou moins bien. La mesure de l’individu idéal est moins la docilité que l’initiative. Il souligne qu’ici réside l’une des mutations décisives de nos formes de vie, parce que ces modes de régulation ne sont pas un choix que chacun peut faire de manière privée, mais une règle commune valable pour tous, sous peine d’être mis en marge de la socialité. Son éclairage de la dépression entre-t-il en contradiction avec celui de Moussa NABATI ? A mon sens les deux observations ne sont pas contradictoires, en ce sens que les personnes qui subissent l’influence si importante de cette société qui repose sur des normes où l’humain est réduit à devoir devenir surpuissant, met d’abord en péril les personnes qui souffrent de carences affectives et de manque de confiance et dont le sentiment de culpabilité né dans le passé est amplifié par l’idée de ne pouvoir faire face aux exigences en vigueur.  Leurs carences affectives et le manque de confiance les ont fragilisés  là où la société exige qu’ils s’appuient sur des ressorts internes et recourent à des compétences mentales qui chez eux sont abîmés. Ceux qui ne souffrent pas de ce sentiment de « culpabilité imaginaire » sont plus aptes à s’appuyer sur leurs ressources internes. A l’inverse,  l’on observe une recrudescence de narcissismes et d’aménagements pervers. Ces personnes sont aussi sans doute  le produit de cette société. Eux ont rompu avec la culpabilité non plus imaginaire mais réelle et se vengent sans complexes sur autrui d’une société qui les frustrent. Pendant que certains deviennent dépressifs, d’autres s’octroient une puissance que nul ne peut réfréner. Il est important aujourd’hui d’apprendre à se protéger de ces individus nocifs, et dont les personnes en dépression sont parfois aussi les victimes.